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Orientation professionnelle : bien plus qu’un choix de carrière

  • Photo du rédacteur: Meeckerly Augustin
    Meeckerly Augustin
  • 18 mai
  • 7 min de lecture

Dirais-tu que ton travail dépasse largement le simple “choix de carrière”, contrairement à la croyance populaire souvent véhiculée au secondaire?

Le travail en orientation dépasse largement le simple choix de carrière. Le travail et les autres sphères de vie sont profondément interreliés et s’influencent mutuellement. Ainsi, l’orientation ne vise pas uniquement à accompagner une personne dans un choix professionnel ou scolaire, mais aussi à considérer l’ensemble de sa réalité.

Les aspects internes et externes de la vie d’une personne sont pris en compte : la sphère personnelle, familiale, le réseau social, la situation financière ainsi que le contexte sociopolitique, pour ne nommer que ceux-là. Ces éléments ont un impact direct sur les décisions professionnelles et sur le bien-être global de la personne accompagnée.

De plus, l’orientation peut jouer un rôle préventif important. En aidant les personnes à mieux se comprendre et à identifier leurs besoins, leurs exigences et leurs limites, il est possible de prévenir le mal-être au travail et l’épuisement professionnel. Lorsque la personne est déjà engagée dans un parcours, l’orientation permet également de redonner du sens à son cheminement, particulièrement lorsqu’elle se sent déconnectée de son travail ou de ses valeurs.

Quels aspects psychologiques explores-tu avec les personnes qui te consultent?

L’orientation ne se limite pas au choix d’un métier ou d’une formation ; elle touche aussi à des dimensions psychologiques comme l’identité, les valeurs et le sentiment de cohérence personnelle. Dans un processus d’orientation, nous explorons les intérêts, les traits de personnalité, les valeurs et les aptitudes de la personne afin de soutenir sa prise de décision.

Nous abordons également des aspects comme l’estime de soi et la confiance en sa capacité à mener à terme son projet professionnel. Il arrive parfois que les difficultés d’orientation soient associées à l’anxiété, à une perte de motivation ou à l’épuisement, sans en être nécessairement la cause. Certaines croyances, la pression de réussir, les croyances limitantes ainsi que la difficulté à composer avec l’ambiguïté et l’incertitude peuvent influencer la prise de décision et le choix professionnel. Ces éléments jouent souvent un rôle important dans le passage à l’action et dans la persévérance face aux obstacles.

Le processus inclut également une exploration du parcours passé : les choix antérieurs, les contextes dans lesquels ils ont été faits ainsi que les facteurs internes ou externes ayant influencé ces décisions. Cela permet de mieux comprendre les schémas décisionnels et d’éviter de les reproduire inconsciemment dans un nouveau choix de carrière. Il est toutefois important de s’assurer que les choix envisagés soient cohérents avec qui la personne est aujourd’hui, et non avec une version passée ou idéalisée d’elle-même.

Quels changements observes-tu dans les besoins des gens sur le marché du travail, autant chez les jeunes que chez les adultes?

Dans le contexte actuel, marqué par un marché du travail plus difficile et exigeant ainsi que par un coût de la vie élevé, j’observe que plusieurs personnes recherchent avant tout un emploi de transition ou un emploi alimentaire. L’idée du travail idéal est moins présente qu’auparavant ; les besoins de subsistance et de sécurité financière prennent davantage de place.

Mon rôle consiste alors à accompagner les personnes dans la recherche d’un emploi répondant à ces besoins immédiats, tout en demeurant cohérent avec leurs intérêts, leurs valeurs professionnelles, leurs aptitudes et leurs besoins en emploi. Ainsi, même s’il ne s’agit pas de leur emploi idéal, cet accompagnement permet souvent de trouver un milieu de travail dans lequel elles se sentent bien et respectées. On observe également un recul du discours selon lequel le travail devrait absolument être une passion.

Parallèlement, nous travaillons à l’élaboration d’un plan d’action à plus long terme afin de garder en tête un projet professionnel porteur de sens, même si sa réalisation n’est pas envisagée à court terme.

L’orientation n’est donc pas un processus ponctuel, mais un accompagnement qui peut revenir à différents moments de la vie. Je rencontre d’ailleurs souvent des personnes qui, après une longue pause professionnelle ou à la suite d’une retraite, cherchent un accompagnement en orientation afin de réintégrer le marché du travail ou de redéfinir leur place dans celui-ci. Les parcours linéaires sont de plus en plus rares et les changements de direction deviennent davantage normalisés.

En quoi l’orientation professionnelle touche-t-elle à l’identité personnelle?

L’orientation professionnelle touche directement à l’identité personnelle, puisque nous nous définissons en grande partie par ce que nous faisons. Nous passons énormément de temps au travail ; il est donc normal que notre identité professionnelle occupe une place importante. D’ailleurs, lorsqu’on rencontre une personne pour la première fois, il est fréquent que la conversation débute par ce qu’elle fait professionnellement ou par son titre d’emploi, ce qui illustre bien l’importance accordée à cette dimension.

Les changements professionnels impliquent souvent une redéfinition de soi, particulièrement après une perte d’emploi, une réorientation ou un épuisement professionnel. Une identité professionnelle alignée contribue généralement à un meilleur équilibre personnel et relationnel, puisque le travail et les autres sphères de vie sont interreliés et s’influencent mutuellement. L’orientation offre alors un espace sécurisant et structuré pour réfléchir à cette redéfinition.

L’indécision de carrière observée chez plusieurs personnes est souvent liée à une indécision plus générale. En travaillant ces enjeux en orientation et en mettant en place des bases favorisant une prise de décision plus consciente et structurée, les personnes développent également des compétences transférables à d’autres sphères de leur vie. L’objectif n’est pas seulement de faire un choix scolaire ou professionnel, mais aussi de développer la capacité à prendre des décisions alignées et éclairées, tant pour le présent que pour le futur.

Travailles-tu avec des enjeux liés à l’estime et à la confiance en soi?

Je travaille souvent avec des enjeux liés à l’estime et à la confiance en soi. Plusieurs personnes qui consultent en orientation ont parfois une idée assez claire de ce qu’elles aimeraient faire sur le plan professionnel, mais elles doutent de leur capacité à y parvenir. Elles ne se sentent pas toujours légitimes ou qualifiées pour le projet qu’elles envisagent.

Mon rôle est de comprendre leur parcours et de les accompagner dans l’identification de leurs expériences, compétences et forces. Cela leur permet de prendre conscience qu’elles sont qualifiées et qu’elles possèdent déjà plusieurs des ressources nécessaires pour avancer vers leur objectif professionnel. Il est important que cette reconnaissance vienne d’elles-mêmes. En identifiant leurs habiletés et en mettant des mots sur leurs acquis, elles développent une confiance plus solide et durable, ce qui leur permet de croire davantage en leur projet et de s’y engager.

Douter de soi est fréquent, particulièrement lors des transitions professionnelles. Pourtant, plusieurs compétences sont transférables d’un contexte à un autre, même lorsqu’on change de domaine. Le manque de confiance est souvent davantage lié à la perception de ses compétences qu’à la réalité du parcours. L’orientation permet d’offrir un regard neutre et structuré sur celui-ci. En renforçant l’estime et la confiance en soi, le processus facilite le passage à l’action et la capacité à saisir des opportunités.

Comment le choix de carrière peut-il influencer l’estime de soi au quotidien?

Le choix de carrière peut exercer une influence importante sur l’estime de soi au quotidien. Lorsqu’une personne occupe un emploi cohérent avec ses valeurs, ses intérêts et ses capacités, elle a davantage tendance à se sentir compétente, utile et en cohérence avec elle-même. Ce sentiment de cohérence contribue directement à une estime de soi plus stable.

L’impact positif sur l’estime de soi vient surtout du fait de se reconnaître dans ce que l’on fait, de sentir que ses forces sont utilisées, de se sentir compétent et de voir ses besoins respectés.

À l’inverse, un choix professionnel en décalage avec la personne peut fragiliser l’estime de soi et alimenter le doute ou l’insatisfaction. De plus, plusieurs personnes qui ne sont pas en emploi développent le sentiment de ne pas contribuer à la société et en viennent à associer leur valeur personnelle à leur statut professionnel ou à leur carrière.

Il est important, en orientation, de distinguer la valeur de la personne de son statut sur le marché du travail. Cette distinction permet de préserver l’estime de soi et d’aborder les choix professionnels avec davantage de recul.

Comment distingues-tu un choix de carrière aligné d’un choix motivé par la peur ou la pression?

Un choix de carrière aligné repose avant tout sur une bonne connaissance de soi, incluant les intérêts, les valeurs, les aptitudes, les traits de personnalité et les exigences en emploi. Il s’appuie également sur une démarche active de réflexion et de validation. Cela implique de faire des recherches, d’évaluer les avantages et les inconvénients de son choix et de vérifier la cohérence entre la personne et les possibilités qui s’offrent à elle. Lorsque cette analyse met en évidence une adéquation entre la personne et son choix, on peut parler d’un choix réfléchi, conscient et cohérent.

Un choix aligné s’accompagne souvent d’un sentiment de cohérence, de clarté ou de soulagement, même lorsqu’il demeure une part d’incertitude. À l’inverse, un choix motivé par la peur est fréquemment associé à un sentiment d’urgence, de tension ou de résignation.

La source de motivation constitue également un bon indicateur. Lorsqu’elle est interne — basée sur les intérêts, les valeurs, ce qui fait du sens pour la personne et ses aspirations — le choix tend à être davantage aligné. Lorsqu’elle est principalement externe — fondée sur les attentes des autres, les normes sociales ou les besoins financiers — le choix est plus susceptible d’être motivé par la peur ou la pression.

Il est également important de noter qu’un choix aligné aujourd’hui peut évoluer avec le temps et les différentes étapes de vie.

Conclusion

L’orientation professionnelle va bien au-delà du simple choix de carrière. Elle touche à l’identité, à l’estime de soi, à la prise de décision et au bien-être global, puisque le travail est étroitement lié aux autres sphères de la vie.

À travers un processus d’orientation, les personnes sont accompagnées afin de mieux se connaître, de reconnaître leurs compétences et de faire des choix plus conscients et alignés, tout en tenant compte de leur réalité et du contexte actuel du marché du travail.


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